Galerie Maubert

Scaphandre

Nicolas Muller, exposition personnelle


30 janvier - 4 mars 2016

Scaphandre est la première exposition personnelle de Nicolas Muller à la galerie Maubert. Ce mot-titre nous renvoie à l’image d’une combinaison étanche et protectrice, mais aussi à celle d’une antique cuirasse, lourde, encombrante, au hublot grillagé permettant la découverte de territoires subaquatiques inconnus. L’émerveillement et la frénésie du plongeur inspectant un territoire vierge contrastent avec ce camisolage forcé. L’inertie des gestes, des déplacements, et le champ de vision tronqué s’opposent à l’immensité des profondeurs marines, replaçant l’homme face à ses propres limites physiques.

Nicolas Muller conçoit les œuvres de cette exposition selon une composante autoritaire et une succession de contraintes. Les formes libres, peintes sur de grands papiers, comprimées par une géométrie rigoureuse, subsistent et persistent. Une série d’éléments de voirie déclassés trônent, défaits, tandis qu’un un socle bétonné assure leur maintien. Dans un autre temps, Nicolas Muller propose la projection vidéo d’un paysage rural, filmé alors qu’il arpente l’enceinte extérieure bétonnée et grillagée d’un centre de détention. Les notions de périmètre, de déambulation, d’exploration, lient les différentes pièces entre elles. Le dessin, la ligne, le tracé s’imposent à nos yeux, qu’il s’agisse d’un trait de pinceau parcourant l’espace de la feuille, d’une marche dont le trajet dépend du plan architectural d’une prison ou encore d’un poteau de voirie froissé, plié agissant comme un ligne oblique dans l’espace d’exposition.

De la feuille de papier à l’architecture, c’est l’espace du dessin que Nicolas Muller conquiert en y rejouant sans cesse le duel entre la rigueur de la ligne et la liberté du geste. Tout advient là où il y a du jeu, au sens mécanique, quand l’écrou est mal serré, quand la règle peut être dérogée. L’émancipation du cadre passe d’abord pour un signe d’étourderie plutôt que de transgression, une innocente maladresse plutôt qu’une révolte sourde. C’est ainsi que Nicolas Muller dévoie le minimalisme sur un ton humoristique qui, dans la répétition pour ne pas dire l’obstination, construit une allégorie sérieuse, et même grave, tout en explorant la possibilité cruciale de produire une forme esthétique.

 

Julie Portier, 2015, Le plan d’évasion de Nicolas Muller, extrait du texte publié dans Le Quotidien de l’Art n°847