Galerie Maubert

Ronde

Adrien Couvrat, exposition personnelle


9 décembre 2015 - 23 janvier 2016

Adrien Couvrat s’efforce de révéler la part instable, fragile et immatérielle de la peinture abstraite. Entre apparition et respiration lumineuse, sa peinture, faite de couches creusées de sillons et de pigments, ne cesse de capter le regard, par saccades et soubresauts. À la Galerie Maubert, pour sa première exposition personnelle Ronde, Adrien Couvrat affirme une peinture de l’ondulation faite de multiples vibrations, où chaque surface sensible est une matérialisation de la lumière et ses teintes variables. Mettant à l’épreuve la géométrie et la mécanique spatiales, ce  monde sans interruption, entre noirceur et lueur, répétition et contraste, prend ici la forme de faisceaux dont la couleur change selon l’orientation de la lumière ou l’angle de vue de l’observateur. Le mouvement des corps, celui du spectateur avec la surface picturale, est constamment impliqué, voire imbriqué, à la manière d’une orbite ou une ellipse au cœur du système solaire.

Cette relation avec le monde céleste se réfère tant au pendule de Foucault qu’à l’obliquité de la Terre, aussi appelée inclinaison terrestre, correspondant à l’angle entre son axe de rotation et un axe perpendiculaire au plan de son orbite. Au coeur de la dualité onde-corpuscule, un des fondements de la mécanique quantique, Adrien Couvrat induit, une tension constante entre le mouvement et la forme biseautée, la brisure et la rondeur, la planéité et le volume. Cette mise en espace, voire mise en relief de la peinture, constitue, chez Couvrat, un désir incessant de réconcilier l’absolu avec le fragmentaire. Atmosphériques, terrestres et célestes, ses peintures architecturées ne cessent de vibrer par leurs ondulations internes et leurs textures striées. Révélant son potentiel sculptural, la surface peinte telle un voile coloré gonflé de lumière, est ici retravaillée en biseau puis articulée en une nouvelle combinaison géométrique faite de courbures. Du prisme à l’arc-de-cercle, ces obliques entrent aussi en résonance avec des peintures circulaires, série de vortex aux tonalités sombres faisant surgir en leur centre une multitude de faisceaux colorés. Par ces réfractions, décompositions et dispersions de la lumière, Adrien Couvrat donne corps à l’immatériel et confirme un vocabulaire formel inhérent à la puissance de forces physiques, celles du passage d’un état à un autre. De taille humaine, ces œuvres révèlent le corps : celui de l’artiste et par prolongation, celui de l’observateur.

Incitant le spectateur à s’approcher pour percevoir sa peinture, Adrien Couvrat intègre en cela dans ses compositions l’attitude en mouvement du spectateur, et l’oblige ainsi à une nouvelle dimension de perception. Ces œuvres suscitent « chez l’observateur, de puissants effets dynamogènes, c’est à dire le fait de déclencher une réaction motrice(…) »1 . Le corps est sollicité ; l’œuvre entre en relation avec le spectateur, crée un lien avec l’espace d’exposition. Invitant le spectateur à une danse rétinienne, ces peintures proposent une transformation ultime de notre rapport à l’espace. Dans cet élan et ces infimes variations rendant perceptible la relation au contexte, Adrien Couvrat interroge cette schize entre le sentimental et le rigide, au centre de la « mécanique interne de l’œuvre ». Il est toujours question de l’avènement d’une image, résolument abstraite et autonome. Se référant à l’artiste Agnes Martin, Adrien Couvrat élabore sa peinture avec une approche personnelle et spirituelle mettant en évidence des « expériences intérieures de l’esprit », afin d’approcher ce que la peintre américaine nomma, la « perfection inhérente à la vie ».

 

1  Matthieu Poirier, extrait du livret d’exposition, Post-Op du perceptuel au pictural, 2014

 

Marianne Derrien, critique d’art et commissaire d’exposition.