Galerie Maubert

Ardenne – Eric Guglielmi


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Exposition du 30 octobre au 14 décembre 2019

 

“En janvier 2016, j’ai débuté, dans ce territoire divisé en de multiples entités politiques, une exploration photographique qui interroge la notion de frontière. L’Ardenne s’étend de part et d’autre des frontières belges, françaises et luxembourgeoises mais constitue avant tout un seul et même ensemble géographique. Aucune entité administrative ne recouvre ce territoire mal défini : en Belgique et au Luxembourg il n’a pas d’existence officielle et s’il donne son nom à une région française, celle-ci ne correspond vraiment à aucune réalité géographique. Je longe et traverse les lignes invisibles qui strient ce territoire, passant sans m’en rendre compte d’une région à l’autre, d’un pays à l’autre. Quand je marche ainsi, je perds de vue les découpes arbitraires de ce territoire. Il n’y a plus ni France, ni Luxembourg, ni Belgique. Il n’y a plus que cette forêt immense. Comme si le balancement de mes pas, d’un bord à l’autre des frontières, tricotait un nouvel ensemble.” Eric Guglielmi

“L’Ardenne d’Éric Guglielmi est étrangement vide, mais pas inhabitée, plutôt déshabitée.  L’empreinte de l’homme est constante dans le paysage et dans le relief. Mais cette présence néanmoins parcimonieuse de la figure humaine traduit une réalité de terrain. « Tu te rends compte, j’ai fait 800 bornes en 4 jours sans voir personne » s’est-il étonné à la fin de l’hiver 2016. Pourtant nous sommes au cœur de l’Europe et les rares individus que nous croisons sont des solitaires, eux aussi. L’Ardenne, tout le monde le sait, s’est peu à peu désertifiée : « contraction de la population » peut-on lire dans certains articles, « hémorragie industrielle » disent les économistes, « une région qui tombe dans un déclin silencieux et irréversible » constate l’administration.  

Le  XIX siècle a convoité le territoire ardennais comme on convoite un eldorado, louchant sur ses ressources, ses sols et ses bois. Le siècle suivant s’en est peu à peu détourné comme on se désintéresse d’une vieille envie : les logiques industrielles, les mécaniques de marché et de rendements sont passées par là. Restent un décor marqué par des traces indélébiles et un drôle de goût en bouche chez les habitants qui, sourdement, s’est transmis de génération en génération. Éric Guglielmi connaît intimement la crise ardennaise, cette crise qui n’en finit pas ou qui est toujours sur le point de finir. Il a grandi à l’époque des chocs pétroliers et de l’ultime dégringolade minière puis sidérurgique. Il sait ce que chômage, fins de mois difficiles et combats sociaux veulent dire. 

Pour autant, parler de reportage « documentaire » ou même « social » à propos de ses photographies serait singulièrement réducteur. Il y a des évidences certes, mais aussi des réminiscences et des non-dits. Il y a par ailleurs un paysage mis à nu qui affiche sa puissante et touchante densité. La nature reprend ici le pas sur l’Histoire et les vieux fantômes d’une enfance ardennaise pour laisser place au regard et à l’écoute. Il y a une formidable sonorité dans cette Ardenne-là, tout un concert de craquements, de chocs de cimes, de grincements de tôles et de bruissements en tout genre. Il y a des chuchotements aussi, celui d’un fleuve qui, dans la forêt omniprésente, s’écoule avec une certaine pesanteur.”

Extrait du texte Ardenne, 2017 de Michaël Houlette

Directeur de la Maison de la Photographie Robert Doisneau