Sculpture d'usage

du 5 septembre au 31 octobre

 

Commissaire : Isabelle Plat

Artistes : Allen Jones, Gabrielle Conilh de Beyssac, Elvire Bonduelle, Nathalie Elemento, Isabelle Plat

 

Dossier de presse / Artpress

 

 

Allen Jones

 

 

 

Comment faire passer une forme concrète au statut d’œuvre d’art par la simple manipulation ? C’est l’enjeu de la sculpture d’usage. Ce type de sculpture qui convoque le corps et éveille l’imaginaire n’est ni un « ready made », où l’objet devient une sculpture et perd totalement sa fonction utilitaire, ni de l’artisanat, ni du design, qui répondent à des impératifs du confort quotidien. Si l’objet et l’usage dans l’art sont au cœur d’interrogations suscitées depuis l’aube du XXe, aucune des nombreuses expositions actuelles autour du sujet de l’usage n’a clairement défini cette notion de « sculpture d’usage ». C’est le dessein de cette exposition qui rassemble 5 artistes vivants, représentant trois générations.

 
A la fin des années 60, avec Chair, Allen Jones ne produit pas une chaise mais représente un type féminin. En lui attribuant un usage, il nous positionne face au double sacrilège : s’assoir sur l’art et sur  la « femme » ! Il interroge ainsi la domination masculine en nous proposant de nous servir de la femme, aux mensurations volontairement idéalisées, comme d’un objet nécessaire au quotidien. Femme-table, femme-porte-manteau, femme-réfrigérateur… nous obligent à décider de notre comportement physique, nous poussant par la même dans nos retranchements mentaux. Dans un musée où il est interdit de toucher, cette fonction joue sur le potentiel et la frustration. Mais c’est précisément l’usage qui a fait polémique. Nous sommes directement confrontés à la « femme-objet » ! Les activistes féministes, qui ont tenté de détruire physiquement une œuvre de l’artiste anglais, y ont vu l’état d’esprit machiste des lecteurs de Playboy les plus nantis, qui pouvaient ainsi s’offrir des sextoys de luxe à exhiber dans leur salon et à activer dans un jeu cynique. Le génie d’Allen Jones est d’instaurer une confusion entre la vie elle-même (l’usage) et la représentation de la vie (la femme). Un véritable « trompe-l’œil » face à une réalité sociale et politique à combattre.
 
L’espace de Nathalie Elemento est celui de la maison et de son mobilier. Son sujet est notre vie domestique ; l’usage devient l’un de ses médiums. Ses sculptures peuvent être utilisées comme telles, l’occasion de nous amener vers des registres rarement exploités dans les arts plastiques, comme celui de la chaleur, lorsqu’elle réalise des sculptures ou des tableaux radiateurs. Ses sculptures, se présentant comme tables, chaises ou bibliothèques, ont des formes induisant un usage légèrement différent de celui auquel nous renvoie l’objet de référence. Ce « décalage d’usage » nous donne à voir nos comportements du quotidien, des comportements tellement intégrés, enfouis, qu’il nous est impossible de les repérer. Ces sculptures d’usage élaborent une réalité juste un peu autre, nous offrant un regard neuf sur notre réel. Il est question de la perception que nous avons de nous-mêmes et du ressenti de la vie en soi et hors de soi.
Elvire Bonduelle qualifie ses œuvres de « praticables ». S’installer, se reposer, contempler. Elle configure une « communion » entre les utilisateurs dans l’art et ceux dans la vie. Une quête du bonheur et une attitude contemplative abordées à travers de nombreux paradoxes. Par exemple, dans un lieu destiné à l’art, on s’attend à trouver une œuvre à contempler. A contrario Elvire Bonduelle nous propose des sculptures d’usage qui, au moment où l’on s’en sert, ne peuvent plus être vues. Elle invite à se positionner dans une attitude corporelle favorable à cet état de contemplation. Il nous revient d’en trouver l’objet, autour de nous ou à l’intérieur de nous. L’attitude contemplative ne s’oppose pas forcément à l’action mais consiste plutôt à orienter, désorienter et réorienter ses propres points de vue sur le monde.

Gabrielle Conilh de Beyssac réalise des sculptures à activer. Des sculptures qui n’interprètent rien, ne représentent rien, qui sont autonomes et ouvrent de nouveaux espaces du réel marqué du mouvement vital. Dans la lignée des œuvres de Lygia Clark, celles de Gabrielle Conilh de Beyssac ne se révèlent totalement au spectateur qu’en les manipulant. En suivant leur mouvement, leurs traces, nous approchons d’une expérience hypnotique. Notre créativité et notre conscience sont mobilisées pour voir d’une autre façon ; nous regardons à l’extérieur de nous mais aussi enfouissons notre regard en nous-mêmes ; nous revenons au corps. Nous nous retrouvons pris dans la relation qui s’établit entre l’œuvre et sa trace, voire nous pouvons devenir acteur de cette relation. Face aux images révélées par notre propre manipulation ou sa potentialité, notre imaginaire est renvoyé au regard et par là-même au monde de l’art.

Isabelle Plat propose de faire tomber la cendre de cigarette dans la trachée de sculptures-poumons. Elle met en œuvre un «usage» pour représenter ici la relation tabac/poumon, la relation geste/conséquence. L’ « usage » est ici une technique de représentation dont la force est « de donner à voir » ce qui appartient au mouvement de la vie. Sa pratique se distingue par des formes qui accompagnent les individus dans leur milieu de vie et dans leurs interactions réciproques. Dans l’espace privé ou public, ses œuvres appellent notre corps à trouver sa place en harmonie avec notre planète en pleine révolution environnementale. « Cervelles tapis », « poumons cendriers»… sont pensées comme des objets de médiation. L’usage des sculptures d’Isabelle Plat favorise une intimité viscérale entre les hommes et leur environnement, qui est du même ordre que celle qu’ils entretiennent avec les organes de leur propre corps. Pour s’en approcher, elle se sert de technologies énergétiques du développement durable (éoliennes, puits-canadiens, moulins à eau…) ou de matériaux récupérés (vêtements, cheveux humains ...). L’idée étant de créer une empathie avec notre planète, une connexion à la nature.
 
Regarder une sculpture nous pousse à appréhender notre positionnement dans l’espace. La sculpture d’usage va plus loin : selon le choix des gestes qu’elle induit, elle nous place face à nos comportements, nous transforme en acteur engagé. Expérimenter par soi-même ce qu’un artiste veut montrer peut-être difficile, voire violent. L’usage oblige à penser. Celui-ci passe par le corps. Accepter de s’y prêter, c’est entrer physiquement en résonnance avec le réel.  La sculpture d’usage nous promène entre fiction et réalité, entre notre intérieur et notre extérieur, aux limites de nous-mêmes. Le but étant, peut-être, simplement, de contribuer à ce que chacun puisse élaborer sa propre poésie de vie. Une manière de respecter son passage sur la terre.

 

 

 

 

 

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