LES MAINS SALES

 

du 9 mars au 8 avril 2017

 

Nicolas Daubanes, expostion personnelle

 

Dossier de presse

 

 

La vie de rêve, bouteilles en plastique, fruits, sucre, levure, eau, palmiers et poupées gonflables, 2016. Vue de l’exposition La vie de rêve, Angle art contemporain, Saint-Paul-Trois-Châteaux, 2016

 

 

 

«La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang.»

 

En reprenant le titre de la pièce de théâtre, Les mains sales, rédigée par Jean-Paul Sartre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nicolas Daubanes pointe un double paradoxe : celui de l’engagement politique des artistes ou des intellectuels et la difficulté, pour ces derniers, de se positionner ainsi, tant il serait vrai qu’un « intellectuel ne saurait être un vrai révolutionnaire ». Pour sa première exposition personnelle à la Galerie Maubert, Nicolas tire les fils d’un programme curatorial initié dans la ville de Nice, sur le thème du sabotage*. Parce qu’il semble intolérable d’introduire la révolution dans les musées et parce que l’institution est par définition un lieu privilégié et bourgeois, toute tentative de transformation sociale ou d’incitation à la désobéissance civile prend le risque de tomber dans une posture, dans le frisson convenu de la dissension ou de la rébellion. Or le sabotage, avant d’être une stratégie militaire, un complexe de résistance anarcho-syndicaliste ou procapitaliste, relève avant tout d’un acte créatif par excellence. Libre et affranchi des instances de contrôle, il affirme sa logique disruptive, sa part de mensonge ou de dissimulation.
C’est cette caractéristique implicite qui est à l’œuvre dans la pratique de l’artiste. Reprenant des techniques héritées de la guerre, comme ses sculptures en béton sucré ou infiltrant le milieu carcéral en négociant avec les détenus comme les matons, Nicolas déplace les régimes politiques et esthétiques au profit d’une éthique plus globale que personnelle. L’artiste invente encore pour dire plus que la réalité, conjugue la part de vrai et de faux en maintenant les ambiguïtés et le jeu de sabotage qui s’en suit. Ce désir de créer une certaine porosité entre l’actualité et la fiction donne alors à sa démarche une dimension dramaturgique qui tisse l’agir et le dire dans de nouvelles scènes politiques capables de briser les lois de la représentation et d’ouvrir des portes à jamais condamnées. Ainsi en va-t-il de sa clé réalisée en céramique dentaire censée ouvrir le quartier des femmes de la prison des Baumettes et passer les portillons de sécurité. Échantillonnée en petits morceaux, elle devient autant une arme tranchante que le symbole d’un espoir déchu, rappelant que ce qui reste après la défaite des corps est précisément des dents jonchant le sol. De ses vidéos aux dessins à la limaille de fer, Nicolas théâtralise le passage à l’acte, pose les conditions d’un drame, dont on rappellera que l’étymologie signifie précisément l’action. Placés au premier plan, les personnages au balcon des architectures impossibles et imaginaires des prisons de Piranèse ne constituent plus un détail des gravures. Ils sont les spectateurs d’un décor de théâtre sinistrement plus réel que leur présence spectrale, où les changements d’échelle travestissent la vision cauchemardesque des Carceri. Ce ne sont plus les mondes factices et tortueux qui sont visés, mais l’indifférence et l’aveuglement des personnages qui les composent. Quand la fiction permet de dire plus que la réalité, le réel est une question de faille, dans laquelle Nicolas se glisse afin d’inscrire son œuvre au cœur d’une partition unissant précisément engagement et action. Une vie de rêve peut alors s’y déployer trouver son refuge dans les interstices, dans la destruction de toute prétention représentative et les illusions de la bonne conscience.


Marion Zilio,
critique d’art et commissaire d’exposition indépendant
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*GO CANNY! Poétique du sabotage, sur une proposition d’Éric Mangion, Nathalie Desmet et Marion Zilio, à la Villa Arson, du 10 février au 30 avril 2017, la Station (avec un solo show de Nicolas Daubanes du 25 mars au 5 juin 2017), le Dojo, les pages de la Strada et la ville de Nice.

 

 

 

 

 

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