Going Under

Du 18 juin au 28 août 2016

 

Commissaire :  Julie Crenn

Artistes : Claude Cattelain, Isabelle Ferreira, Koyo Hara, Elizaveta Konovalova, Pascal Lièvre, Edith Magnan, Régis Perray, Myriam Omar Awadi

 

Dossier de presse

 

 

Myriam Omar Awadi

 

 

 

Who will decide the shape of things

The shift of being

Who will perceive

When life is new

Shall we divide and become another

Who is due for gift upon gift

Who will decide

Shall we swim over and over

The curve of a wing

Its destination ever changing

Patti Smith

Going Under (Dream of Life, 1988)

 

 

Un geste, aussi simple soit-il, engage un processus créatif. Il constitue un point de départ et participe de la manifestation, visible ou invisible, d’une pensée. Il s’agit alors de mettre en mouvement le corps pour mettre en oeuvre une idée, pour oeuvrer. La racine latine de l’oeuvre, opus, renvoie à l’accomplissement d’une idée par le travail. OEuvrer, travailler, agir, élaborer, user. Dans un système de fabrication (artisanale, ouvrière, industrielle), lorsqu’un geste est répété inlassablement, jusqu’à l’épuisement, il s’inscrit dans une logique de production. À plus ou moins grande échelle, le corps est mis à l’épreuve, il performe pour un objectif, un rendement. Respecter une cadence, être performant, être endurant, optimiser les gestes, être productif. Le corps est un outil de travail.

 

Même la répétition la plus mécanique, la plus quotidienne, la plus habituelle, la plus stéréotypée trouve sa place dans l’oeuvre d’art, étant toujours déplacée par rapport à d’autres répétitions, et à condition qu’on sache en extraire une différence pour ces autres répétitions.(1)

 

À travers l’histoire de l’art, la répétition est présente aussi bien dans l’art aborigène que dans l’oeuvre de Roman Opalka, en passant par l’art du mandala ou les dots de Yayoi Kuzama. La répétition implique un engagement, corporel, mental, voire spirituel. Elle s’inscrit dans un rituel dont les artistes définissent les codes. Ils épuisent un même geste au sein d’un protocole précis : poncer, marteler, creuser, agrafer, copier, assembler, récolter, dessiner, multiplier marcher, courir, déposer. Armée d’un marteau, Isabelle Ferreira frappe le bois peint. Geste par geste, elle sculpte et compose la matière picturale : « La multitude des touches, construites par soustraction de la matière, rappelle des coups de pinceaux en

négatif empruntés à la gestuelle du peintre mais aussi à celle du tailleur de pierre. » Régis Perray ponce délicatement la surface de peintures chinées sur les brocantes. Il retient des sujets classiques (natures mortes, paysages, portraits), qui, une fois poncés, entretiennent un rapport au corps et au temps. Dans le sable, Claude Cattelain marche sur place jusqu’à à la tombée du jour. Il endure physiquement la matière, l’espace et le temps. Elizaveta Konovalova observe attentivement l’empreinte des gestes répétés au quotidien d’ouvriers russes qui écrasent leurs cigarettes contre un mur, ou d’un instrument de musique qui, jour après jour, marque le sol du métro parisien. Édith Magnan récolte de la terre et déploie un travail de sculpture fragile, performative et éphémère. Au Brésil, elle marche stoïquement harnachée d’un drapeau qu’elle a modestement fabriqué à partir de bois et de terre séchée. Myriam Omar Awadi dessine des petites fleurs bleues à l’infini. Non sans ironie, elle fait appel à l’imaginaire collectif pour sonder les questions de l’amour, de la séduction et du romantisme. Koyo Hara pratique le dessin automatique, puis en sélectionne des fragments pour les répéter sur la toile. Entre citation et interprétation, Pascal Lièvre pioche dans l’histoire de l’art et répète les gestes des autres : Yayoi Kuzama – Bruce Nauman.

Alors, la répétition engendre la réactivation de gestes mécaniques, quotidiens, habituels et stéréotypés. Les gestes ordinaires se font extraordinaires par le déplacement de leur fonction usuelle. « Car, il n’y a pas d’autre problème esthétique que celui de l’insertion de l’art dans la vie quotidienne. Plus notre vie quotidienne apparaît standardisée, stéréotypée, soumise à une reproduction accélérée d’objets de consommation, plus l’art doit s’y attacher, et lui arracher cette petite différence […].»(2) Avec un investissement total, les artistes s’inscrivent volontairement dans un champ anti-spectaculaire, improductif, modeste ou absurde. La répétition engendre une réflexion portée sur le temps, le corps et l’espace. Who will perceive, when life is new. Tel qu’il est envisagé par les artistes de l’exposition, le geste répété engendre une volonté d’agir sur le réel, de le travailler pour le transformer en profondeur.

 

(1) Gilles Deleuze – Différence et répétition, 1968

(2) Ibid.

Julie Crenn

 

 

 

 

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