exCitation

du 6 septembre au 30 novembre 2012

Ruth Gurvich, Hommage à Morandi, porcelaine et papier, 2012

 

Comment trouver son originalité dans la continuité des grands maitres ?

Comment développer un propos personnel à partir du socle influent de l’histoire de l’art ?

Pour sa nouvelle exposition, la Galerie Maubert confronte art moderne et art contemporain, autour d’une programmation, dédiée à la citation, l’hommage aux grands peintres.

 

La citation est un élément d’une oeuvre qui reprend un thème ou un procédé technique appartenant au passé. L’artiste emprunte un sujet de l’héritage culturel et le transpose, le présente dans un autre contexte. Il lui cherche des formes artistiques qui lui sont propres et lui attribue de nouveaux as­pects idéologiques, de nouvelles convictions. Il ne s’agit pas de « rapporter » ou de « mentionner ». Encore moins copier ou imiter. L’artiste se place dans le rôle de l’improvisateur et de l’interprète. Il crée une oeuvre indépendante, originale, selon un processus plein de difficultés et de contradictions.

 

Citer, c’est tout d’abord un clin d’oeil. La plasticienne Sara FAVRIAU se laisse guider par Magritte, traitant, dans ses dessins virtuoses, les évidenc­es avec un humour corrosif. Elle parvient alors à déconstruire les rapports que les choses entretiennent dans la réalité.

 

Catalyseur ou contrainte ? La citation peut apparaître comme un moteur pour la création. Dans la série des « Placébos », Brice THEVENOT s’impose l’hommage comme contrainte au processus créatif et étudie l’importance relative du vrai et du faux. Tout comme le placébo, inséré discrètement dans la toile, est un « faux » médicament car un substitut inactif, crée-t-il du « faux » en s’inspirant des grands peintres?

Réactualiser l’image, tout en réactualisant sa technique, est le propre du travail du peintre Alain JACQUET. Le critique Pierre Restany le présente comme la figure du «mec art», art qui travaille des images déjà existantes par une technique non manuelle.

 

L’histoire de l’art est le témoin d’innombrables mouvements qui ont renforcé ou anéanti des thèses passées. Dans ses travaux monochromes autour de figures géométriques, Hajo BLECKERT liquide le rôle de la couleur. En écho à Malévitch, les formes se détachent non pas par les contrastes, mais par l’action radicale de la découpe. Le peintre allemand fait ainsi le lien entre deux pans majeurs de l’abstraction du 20ème siècle : l’abstraction géométrique et l’abstraction cinétique. Aujourd’hui, les volumes virtuels du sculpteur japonais Go SEGAWA sont une nouvelle étape de cette abstraction.

 

Faire référence à des artistes du passé donne également la possibilité à un artiste contemporain de faire revivre une émotion forte et se la réapproprier. La plasticienne argentine Ruth GURVICH, dans ses installations de porcelaine et papier, souhaite, en hommage aux natures mortes de Morandi, préserver le rapport intime avec les objets. Une vie latente, loin du bruit et du spectaculaire, réduite à l’essentiel. On retrouve cette plénitude dans Les Fleurs de Lotus, du photographe chinois Cang XIN. Plongé dans l’eau, entouré de nénuphares, il communie avec la nature, dans une symbiose proche de l’Ophélie préraphaélite peinte par Millais.

 

Citer est également un moyen de se confronter à la résurgence des images passées. La plasticienne américaine Devorah SPERBER, dont les célèbres installations de bobines de fil sont pour la première fois présentées en France, travaille sur la façon dont s’éduque le cerveau à partir d’images qui nous sont familères. Le peintre Nicolas DELPRAT, quant à lui, pose le principe d’une mémoire qui sélectionne les images d’une bien étrange manière, conservant la plupart du temps des bribes d’événements secondaires au détriment de ce que nous jugerions être les images fortes de tel ou tel moment clé ou de telle ou telle oeuvre.

 

L’héritage des grands maîtres est un support incontestable à la création contemporaine. L’art devient lui-même un nouveau medium pour l’art. C’est ce que l’on découvre dans les subtiles collages du tchèque Jiri KOLAR ( 1914-2002). Les réflexions qu’il nous livre en tant que théoricien de son art sont de précieuses indications sur les voies par lesquelles il a pu aller au delà des apports du cubisme, de dada et du surréalisme.

 

L’art est devenu citation, réappropriation, et donne l’impression d’une réanimation infinie de ses propres formes. Les artistes travaillent aujourd’hui dans un système perpétuel con­sistant à refaire ce qui a été fait, à remixer les formes passées. Il ne s’agit pas de développer un art du contenant plutôt que du contenu, un art de la dérision de l’art, un art du mé­pris de l’art, un art de ceux qui revendiquent le non-sens pour mieux cacher leur incapacité à saisir le sens. Il s’agit d’un art du respect, capable de progresser dans l’irrévérance, un art du développement personnel autant que collectif.

 

Un art, point à la ligne.

 

Florent Maubert

 


La jeune fille à la perle, Devorah Sperber, installation de 5024 bobines de fil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Actualités

 

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01 44 78 01 79

Heures d'ouverture

du mardi au samedi

de 13h00 à 19h00

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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